LETTRE OUVERTE AUX ADOLESCENTS QUI CHERCHENT LEUR VOIE


Emission Radio / dimanche, novembre 11th, 2018

Tu me demandes quelle profession tu dois choisir. Mais, ai-je le droit de choisir un métier pour toi, voire même de te diriger vers une profession ? Je ne crois pas. Mais alors comment te répondre ?
Comment puis-je affirmer que tel métier sera ta voie royale ? Surtout si je tiens compte de notre monde en évolution permanente et que seul le changement ne change pas. De surcroît, le changement s’accélère chaque jour.
Dès lors la vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain. Et c’est long une vie professionnelle.
Et puis, la voie royale vers quoi ?
Gagner de l’argent ? Un métier socialement valorisant ? Un emploi rassurant ?
Dans beaucoup de métiers tu peux gagner de l’argent ; que tu sois menuisier ou comptable.
Beaucoup de métiers sont socialement valorisants ; que tu sois ingénieur ou architecte.
Beaucoup de secteurs peuvent t’apporter la sécurité ; que ce soit la fonction publique ou de grandes corporations. Et encore, ce n’est plus certain.
De plus, tes priorités d’aujourd’hui seront-elles celles de demain ? Dès lors comment une tierce personne peut-elle prétendre choisir un métier pour un autre ?
Alors, ma réponse doit être celle qui t’aidera à choisir ta future profession.
Je décide de ne pas choisir pour toi, mais je veux t’aider à choisir. C’est ainsi que je conçois mon rôle.
Alors ma réponse est simple : «fais ce que tu aimes».
Si tu remplis cette condition, tu trouveras toujours les moyens pour suivre toutes les études, les stages et autres formations que tu souhaites et dont tu as besoin.
Seulement prends garde à ce que les études ne soient pas une fin en soi, pas plus que le diplôme.
Les études apportent la connaissance et les diplômes te donnent un moyen d’accès à la profession. Un diplôme ne te confère aucun droit, il t’offre une possibilité, une clé qui peut t’aider à ouvrir les portes qui te mèneront vers ce que tu as envie de faire.
Ni les études ni les diplômes ne doivent être confondus avec la compétence qui s’acquiert par le travail au fil de l’expérience.
Au cours de tes études sois attentif à rester toi-même, ne te laisse pas formater, puis, le diplôme en poche, ne te laisse pas instrumentaliser par la corporation que tu auras choisie. Evite la pensée unique et les milieux dans lesquels on ne veut pas voir une pensée qui dépasse. Tu n’es pas un jocrisse.
Ecoute les idées des autres, mais ne laisse personne penser à ta place. Ecoute les envies des autres, mais ne laisse personne décider à ta place.
N’entre pas dans le jeu de la banalisation et de la manipulation. Non par goût de la provocation, ni par tentation de la marginalisation, mais simplement pour rester toi-même.
Comme l’écrivait Shakespeare : «Sois fidèle à toi-même, et il s’ensuivra, comme la nuit suit le jour, que tu n’auras aucune duplicité envers qui que ce soit»
Sois méfiant face aux idées toutes faites, aux pensées à l’emporte pièces, aux clichés en tout genre. Evite les poncifs. Fuis-les.
Faire des études ne t’autorise pas à réfléchir en prêt à penser ; bien au contraire.
Même si tu intègres une grande école ou une université prestigieuse et que tu obtiens un diplôme prisé, ne pense jamais que tu fais partie d’une élite. Un diplôme ne te donne pas le droit à un poste, à un grade ou une fonction.
N’écoute pas ceux qui te diront que tu es «la future élite de la nation»
Ce n’est que plus tard que tu sauras si tu fais partie d’une éventuelle élite, attends au minimum quinze voire vingt années de travail, d’expérience et de remise en question avant d’y prétendre.
L’important n’est pas ce que tu fais, c’est la manière dont tu le fais.
Je te le répète : «fais ce que tu aimes»
Si tu fais ce que tu aimes, tu seras bon. Si tu es bon, ton travail sera apprécié. Si ton travail est apprécié, tu seras sollicité.
Si tu es sollicité, ton travail sera correctement rémunéré.
Si tu es sollicité, tu auras la sécurité.
Si tu es sollicité, tu seras reconnu socialement.
Alors pourquoi choisir un métier en fonction d’un seul de ces critères alors que tu peux créer les trois par toi-même ?
Il suffit de faire ce que tu aimes.
Et ton travail ne sera ni une astreinte ni une contrainte et encore moins une corvée.
Chaque matin, tu te lèveras heureux d’aller à ton travail.
N’oublie jamais qu’on ne fait bien que ce que l’on aime.
N’essaie pas de toujours être le meilleur. Essaie chaque jour d’être meilleur. Alors, peut-être un jour, seras-tu le meilleur.
Vouloir être le meilleur, c’est entrer en compétition et je ne crois pas aux vertus de la compétition entre les hommes. La compétition c’est favoriser les rapports de forces entre les êtres. Je préfère privilégier les rapports d’harmonie, seule façon d’éviter les conflits. La paix qui règnera autour de toi ne dépendra que de toi.
Chaque jour cherche à t’améliorer, accepte tes limites dans le seul but de les dépasser, va au-delà de ta zone de confort, remets-toi en question jour après jour et ne te repose jamais sur tes acquis.
Les acquis n’existent pas. Même la vie ne t’est pas acquise puisque tu la perdras un jour. Alors comment pourrais-tu te satisfaire d’une chose qui ne sera jamais acquise, sauf à te mentir à toi-même ?
Même si tu excelles, tu auras toujours à apprendre.
Si tu aimes ton métier, tu voudras toujours l’exercer au mieux et quotidiennement tu seras meilleur que la veille. Chaque matin tu dois considérer le jour qui s’annonce comme le début d’un nouvel apprentissage.
Alors tes clients ou tes employeurs seront satisfaits de ton œuvre et tu auras le droit d’être satisfait à ton tour. Ta satisfaction ne sera réelle que si elle émane de ceux que tu sers.
Tu t’épanouiras dans ce que tu feras. Probablement est-ce la clé de la réussite professionnelle.
Bien au-delà du devoir, trop souvent mis en avant, il y a l’amour. Au commencement, il y a l’amour de ton métier qui te mènera naturellement à l’amour du travail bien fait.
Tu ne craindras plus les échecs parce qu’ils seront rares. Toutefois, le jour où tu rencontreras l’échec, tu trouveras inévitablement en toi la force de le surmonter par l’amour de ton métier. Si tu surmontes ton échec, tu en sortiras grandi car l’homme qui réussit n’est pas celui qui ne tombe pas, c’est celui qui se relève chaque fois qu’il tombe.
Quand tu rencontreras l’échec accepte-le avec joie en le considérant comme une merveilleuse occasion de t’élever. Le jour où tu te réjouiras de rencontrer des difficultés en pensant «je vais grandir», tu sauras que tu es sur le chemin de la sagesse. Et la connaissance n’est rien sans sagesse.
Même si un jour tu es le meilleur, fais attention à ne jamais te surestimer. Surveille ton égo.
Tu risques de devenir la victime des apparences et de vivre de façon superficielle dans un monde artificiel. Une cour t’admirera parce que tu es le meilleur et ces gens penseront qu’il est valorisant de te connaître et de te côtoyer. Mais les courtisans sont dangereux. Les flatteries ne coûtent pas chers à leurs auteurs, mais c’est toi qui paiera le prix de leurs flagorneries car elles peuvent te faire oublier qui tu es. Or, oublier qui tu es constitue le pire déni de toi-même.
Comme tous les hommes, tu es et seras toujours un colosse aux pieds d’argile. Aussi, sois prudent.
Ne te laisse jamais étourdir par les paroles emmiellées déversées à coup d’encensoir. Ecoute bien ces beaux parleurs pour les reconnaître. Sois vigilant et privilégie toujours le fond sur la forme. Tu rencontreras beaucoup de personnes qui savent manipuler les mots jusqu’à manipuler les hommes par des phrases si belles qu’on en oublie qu’elles n’ont aucun sens.
Ecoute et observe.
Garde-toi des personnes pétries de certitudes, celles qui savent toujours mieux que quiconque à propos de tout. Celles qui se permettent de critiquer, voire même de conseiller des professionnels aguerris alors qu’elles ne connaissent même pas le métier. Ces personnes ont toujours des paroles définitives et elless ne supportent pas la contradiction.
Si tu tombes dans les pièges tendus par tes courtisans, tu en seras le seul responsable. Ta fatuité te mènera à ta perte parce que ton seul ennemi c’est toi.
Que cela ne t’empêche pas d’accepter avec joie et gratitude les éloges des personnes sincères. Mais, ne reste pas dans l’attente des remerciements, simplement dans le désir et tu ne seras jamais déçu.
C’est ainsi qu’une sélection naturelle se fera autour de toi. Les thuriféraires s’éloigneront car ils comprendront qu’ils n’ont rien à attendre de toi. Par contre, ceux qui apprécient ton travail voudront te soutenir et tu pourras compter sur eux sans la moindre arrière-pensée.
Quant à toi, reste fidèle à tes convictions mais fuis les certitudes. Les certitudes sont mauvaises conseillères. Les certitudes sclérosent. Les certitudes c’est l’immobilisme.
Au contraire, les doutes font avancer et, paradoxalement, grâce au doute l’homme se retrouve en harmonie avec la nature puisque l’immobilisme n’y a pas sa place
A-t-on déjà vu un arbre ne pas grandir, ne pas fleurir, ne pas changer au fil des saisons et finalement ne pas mourir ? Alors, pourquoi voudrais-tu qu’il n’en soit pas de même pour l’homme puisqu’il fait partie intégrante de la nature.
Combien de temps peux-tu rester debout les deux pieds bien ancrés sur la terre dans ce qu’on appelle un équilibre stable ? Une heure ? Deux heures ? C’est déjà long.
Et combien de temps peux-tu marcher ? Pendant des heures. Et pourtant lorsque tu marches, tu n’es jamais en équilibre stable, tu es toujours en déséquilibre sur un pied, puis sur l’autre. Cependant tu peux rester plus longtemps à marcher qu’à rester debout. Ceci démontre que l’équilibre de longue durée n’est qu’une suite de déséquilibres qui se compensent et, pour couronner le tout, tu avances.
Alors, doute.
Considère les progrès techniques et technologiques comme un moyen. Ne reste pas béat d’admiration devant une quelconque nouvelle technologie, si merveilleuse et innovante soit-elle. Très vite, cette technologie qui suscite aujourd’hui tant d’engouement sera dépassée, obsolète, voire ringarde. Ce n’est pas tant la technique que l’homme qui doit progresser.
Prends du recul face aux nouveautés et réfléchis à ce qu’elles peuvent t’apporter.
La technique ne doit pas asservir l’homme. Au contraire, elle doit exister uniquement pour le servir. Ne la rejette pas de façon systématique, mais accepte la seulement comme un moyen, un moyen de libération de certaines contraintes, un moyen d’être plus performant et de remettre en cause tes connaissances.
La meilleure façon d’éviter tous ces leurres consiste à travailler en toute conscience, avec honnêteté et en homme responsable.
Si tu travailles en conscience, tu donneras le meilleur de toi-même à ton œuvre. Tu t’appliqueras à toujours approcher la perfection. Sachant que tu ne l’atteindras jamais, alors accepte le fait d’être sans cesse perfectible. Tu travailleras le cœur ouvert et tu sauras repérer les supercheries et autres perfidies. Avec un peu d’expérience, tu arriveras même à les anticiper parce que ton travail reposera sur la sincérité.
Si tu travailles honnêtement, tu ne chercheras pas à abuser tes clients ou ta hiérarchie. Tu ne vendras pas ton travail plus qu’il ne vaut. Tu ne chercheras pas à t’enrichir par des méthodes dénuées de scrupules. Gruger n’est pas travailler. Attends d’être apprécié et de bien maîtriser ton art avant de valoriser ton travail.
Si tu travailles de façon responsable, tu sauras reconnaître tes erreurs et tu accepteras de les réparer car nul ne peut être reconnu s’il n’accepte ses erreurs et moins encore s’il refuse de les réparer. Refuser d’accepter ses erreurs, c’est prétendre à la perfection. Qui peut être assez stupide pour le croire ? De plus, une erreur reconnue est une erreur qui ne sera pas répétée.
Au cours de ta carrière, tu ne rencontreras jamais une personne qui se prétend parfaite, ce serait un langage «sociétalement» incorrect. Et pourtant, nombre d’entre elles se comporteront comme si elles l’étaient, par exemple en refusant de reconnaître leurs erreurs.
C’est l’éternelle contradiction que tu seras souvent amené à rencontrer entre les beaux discours aux mots pesés, au ton posé d’une part et le comportement incohérent de l’individu d’autre part.
Travailler avec conscience, honnêteté et responsabilité te sera facile si tu aimes ton métier.
Si tu respectes ton travail, tes clients et tes employeurs, tu seras respecté.
Ne recherche ni la richesse, ni la notoriété. Elles ne viendront que plus tard, naturellement, par ton mérite. Sinon, ce sont des valeurs artificielles et donc bafouées qui ne t’apporteront rien, pas même une satisfaction, sauf plus tard probablement des regrets et autres remords. Sois sérieux mais ne te prends jamais au sérieux.
Choisis ton éthique et maintiens le cap que tu t’es assigné. Adopte ton comportement de telle sorte que ta relation avec le monde qui t’entoure soit basée sur le respect de l’homme dans la recherche d’un idéal de société que tu prendras garde à n’imposer à personne.
Si tu veux que ton idéal soit respecté, respecte celui des autres. Aucun idéal, fut-il le tien, n’est préférable à un autre dès lors qu’il prend en compte le respect de l’homme.
Enrichis-toi de la différence.
Ecoute de préférence celui qui est d’un avis différent du tien. Il a certainement de bonnes raisons lui aussi et tu ne détiens pas la vérité. Il te remettra en question, tu affineras tes positions, tu te rendras compte que tu n’avais pas pensé à certains aspects du sujet.
Ne dévalorise personne, ne dénigre aucune idée, ce qui ne t’interdit pas de ne pas être d’accord. Cultive ton esprit critique, mais uniquement dans le but d’avancer et de grandir. Rien ne doit être systématique.
Dans notre société, nous avons appris «gagne ton pain à la sueur de ton front». Est-ce pour autant que le travail doit être considéré comme un dur labeur ? Ne doit-on gagner sa vie qu’en échange de la pénibilité et de la souffrance ? Est-il vraiment nécessaire de souffrir pour mériter un salaire ou un revenu suffisant ?
Si tu sais écouter ton cœur, tu l’entendras te dire «prends du plaisir».
Oublie de temps en temps ton esprit pour donner la priorité à ton cœur. Ne dit-on pas que le cœur a ses raisons que la raison ignore ? Alors pourquoi écouter la raison qui ne sait pas et ne pas écouter le cœur qui sait ?
Réagir ainsi reviendrait à prendre le risque de cheminer sur la voie de l’épreuve et des difficultés. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution pour l’épanouissement de ton être.
Alors écoute ton cœur. Si tu hésites un jour, sois attentif à ses messages. Il te dira, il te guidera, il te conseillera, toujours avec beaucoup de sagesse.
La vie t’attend. Tu es seul responsable de ta vie. Je t’ai donné les outils, maintenant à toi de t’en servir … ou de ne pas t’en servir. Ne compte sur personne pour les utiliser à ta place. Comporte-toi dans ta vie comme je te propose de le faire dans ta future profession car entre le hasard et le destin il y a la création et ce que tu fais te fait.»

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